dimanche 11 novembre 2012

« Un coup de Trafalgar »





Signification

Un accident désastreux et généralement inattendu

Un très mauvais coup



Origine

Nous sommes le 21 octobre 1805, dans l'océan Atlantique, à proximité du cap de Trafalgar, au sud de l'Espagne, entre Cadix et Tarifa.


Une coalition franco-espagnole de 33 navires (18 pour la France et 15 pour l'Espagne) représentant 2600 canons affronte la flotte anglaise de l'amiral Nelson composée de seulement 27 navires pour 2200 canons.
Le borgne et manchot Nelson (il a perdu un oeil puis un bras dans des batailles précédentes) utilise une tactique inhabituelle pour affronter son ennemi en isolant puis capturant les quelques bateaux de tête et de queue de la file que forme la flotte franco-espagnole.
Cette astuce surprend l'ennemi qui subit un désastre en perdant 21 vaisseaux, dont 13 pour la France, et plus de 4000 morts et 3000 blessés, alors que Nelson perd, outre la vie, seulement 400 marins et soldats et compte 1200 blessés.

Cette défaite majeure est la première que subit Napoléon et la diminution importante de sa flotteva ruiner ses projets d'envahir l'Angleterre et l'empêcher de protéger les colonies françaises.

Et si les Anglais ont à Londres un Trafalgar Square qui leur rappelle ce qui est pour eux une victoire, de notre côté de la Manche cette bataille navale a été si désastreuse et de façon si inattendue, qu'elle a donné naissance à notre expression.

Oui, là où une belle a les yeux de velours.

Son corps sera ramené en Angleterre conservé dans un fût d'eau-de-vie.

La flotte française n'a plus alors que 30 navires contre 140 à l'Angleterre.



Exemple

« Au début de la décennie des années 1880, l'histoire déjà longue du tunnel fut marquée par un véritable "coup de Trafalgar". Le gouvernement britannique pris en effet la décision unilatérale de suspendre, puis d'arrêter définitivement les travaux de construction. »
Jean-Pierre Navailles - Le tunnel sous la manche: deux siècles pour sauter le pas, 1802-1987‎ - 1987



« La fin justifie les moyens »





Signification
Vouloir atteindre un but précis autorise et justifie l'emploi de n'importe quel moyen pour y arriver


Origine

La 'fin' n'est pas ici celle des dinosaures ou des haricots ; le mot a le sens d'objectif ou de but qu'on veut atteindre.


Et ce proverbe, pour le moins immoral, justifie que tous les moyens possibles soient employés pour l'atteindre qu'ils soient répréhensibles ou pas. Autrement dit, l'essentiel est d'arriver au but visé, peu importent les moyens utilisés.
On pourrait disserter longuement sur le comportement de ceux qui le considèrent comme une vérité. Mais ce n'est pas ici le sujet.

Quant à savoir qui est réellement l'auteur de cette phrase, les avis divergent, mais la période semble bien cernée puisqu'elle est attribuée à deux personnes à peu près contemporaines.
Pour les uns, il faut l'attribuer à Nicolas Machiavel (1469-1527) qui l'a appliquée principalement à la politique. Cependant, il n'a jamais écrit la phrase sous cette forme, même si elle est un condensé de l'interprétation de ses écrits .
Pour les autres, l'auteur est Philippe van den Clyte (1445-1509), seigneur de Commynes, l'homme qui trahit Charles le Téméraire pour se mettre au service de Louis XI.

Certains comprennent "la faim justifie les moyens".
Si l'existence de cette forme est compréhensible, la faim tenaillante pouvant expliquer, mais pas excuser, l'usage de certains moyens plus ou moins répréhensibles destinés à l'assouvir, ce n'est pas la forme normale du proverbe.




Exemple
« Robespierre était un théoricien qui voulait le bien de la France, et qui, comme tous les théoriciens, pensait que la fin justifie les moyens. »
Frédéric Soulié - Les mémoires du diable - 1838


« T'as le bonjour d'Alfred ! »










Signification
Formule familière utilisée dans différentes occasions pour :
- dire au revoir
- se débarrasser d'un importun
- ne pas répondre à une question embarrassante
- exprimer sa déconvenue
- ...


Origine
Si le sens et la familiarité de la formule sont généralement bien compris, on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi Alfred au lieu d'Alphonse, Gédéon ou Siegfried ?

L'expression n'est pas attestée avant 1930, mais c'est à partir de 1925 que le dessinateur Alain Saint-Ogan fait apparaître le pingouin Alfred dans sa bande dessinée Zig et Puc, cet animal étant adopté par les deux héros.
Ce personnage va avoir un grand succès, au point même que des produits dérivés seront créés autour de cet alcidé.

Or, il se trouve que, lorsque Zig et Puce réussissaient à se débarrasser d'un adversaire ou à lui donner une leçon, ils ponctuaient généralement la victoire par un "t'as le bonjour d'Alfred !".
C'est donc grâce à l'engouement de l'époque pour ces histoires illustrées et leurs personnages, que l'expression s'est rapidement répandue dans le langage courant.

Il va de soi que si le pingouin s'était appelé Gontrand, la face du monde en eût été changée... 

Le Dictionnaire du français non conventionnel de Cellard et Rey indique que, pour un chauffeur de taxi ou un serveur, "avoir le bonjour d'Alfred", c'était avoir affaire à un client avare ou mécontent qui ne laisse pas de pourboire.

Zig et Puce seront les premiers héros français de bande dessinée à s'exprimer dans des phylactères, ces fameuses bulles contenant ce que disent les personnages.




Exemple
« Des mecs comme ça, ça mérite qu'une chose : que ça barde un jour, et que dans le feu de l'action on lui flanque un pruneau par derrière, comme de juste, et ni vu ni connu, salut Wasselet, t'as le bonjour d'Alfred ! »
Yves Gibeau - La guerre, c'est la guerre - 1961



samedi 10 novembre 2012


« Couper la poire en deux »






Signification
1. Partager / répartir équitablement quelque chose
2. Décider un compromis
Renoncer à une partie de ses prétentions



Origine
Cette métaphore est limpide : partager en deux quelque chose et en donner une moitié à chaque partie, c'est bien répartir cette chose équitablement, la répartition jugée acceptable par les deux parties pouvant venir d'une décision volontaire de partager mais aussi résulter d'une négociation suivie d'un compromis ou encore de la décision d'une partie de renoncer à des prétentions trop importantes.

Cependant, on peut très légitimement se demander pourquoi la poire au lieu de la pastèque ou du mammouth.
Pour ce dernier on le comprendra aisément car il est plutôt rare de nos jours d'en trouver sur les étals de nos marchands[1]. Mais à la place de la poire on aurait pu choisir beaucoup d'autres choses. Alors pourquoi ce fruit ?

Cette expression ne semble apparaître dans la littérature qu'après les années 1880. Or, 1882 est l'année qui a vu la publication, par messieurs Félix Galipaux et Lucien Cressonnois, d'une saynète où discutent deux personnages et intitulée « la poire en deux ». Les deux personnes, le monologueur et le récitateur, sont sur une scène et se disputent le fait de pouvoir déclamer chacun leur texte qui est en vers. Après quelques échanges, l'un propose à l'autre de « couper la poire en deux » et de réciter chacun leur tour quatre de leurs vers. Ils finiront par se séparer sans avoir dit leur texte.

Est-ce cette saynète qui est à l'origine de l'expression ou, plus probablement, est-ce que c'est l'expression, apparue un peu avant, qui a donné son titre à la saynète ? Nul ne semble le savoir.
Toujours est-il que, maintenant, si vous dites à quelqu'un « coupons le kiwi en deux », il vous regardera d'un œil éberlué.

Mais cela pourrait ne pas durer, puisque quelques scientifiques apprentis sorciers nous annoncent actuellement travailler à la renaissance de l'animal à partir d'ADN de mammouth retrouvé congelé et en très bon état il y a quelques années dans la toundra sibérienne.


Exemple
« Pour la première fois, lundi 22 juin, un président de la République s'exprimera devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès à Versailles. Si les communistes et les Verts ont décidé de boycotter cette "mascarade", ce "simulacre de démocratie", les socialistes, eux, se sont résignés, après de douloureux débats internes, à couper la poire en deux : ils écouteront le discours de Nicolas Sarkozy, mais refuseront de lui répondre et quitteront l'hémicycle en même temps que lui. »
Le Monde - Article du 18 juin 2009




« Le diable est dans les détails »




Signification
Il ne faut jamais négliger les détails car ils peuvent être source de désagréments importants.


Origine
Cette expression nous viendrait, dans la seconde moitié du XIXe siècle, de Friedrich Nietzsche qui, probablement parce qu'il ne parlait pas couramment le swahili, l'a exprimée en allemand « Der Teufel steckt im Detail ».

Même si le diable y est cité, point n'est besoin de discuter de l'éventuelle dimension religieuse ou philosophique de cette expression, car une chose est sûre et constamment vérifiée : il suffit parfois du moindre détail mal géré dans un vaste projet pour risquer de le faire complètement échouer.
Et, compris simplement, c'est bien ce que Nietzsche voulait dire, notre cher ami le diable étant ici considéré comme celui qui prendrait un malin plaisir à provoquer les nombreuses difficultés à même de faire capoter le projet ; il est toujours là, en embuscade, prêt à profiter de la moindre faiblesse pour en empêcher la bonne réalisation.

Une autre forme de détail pernicieux est, par exemple, la petite note de bas de page d'un contrat, écrite en tout petits caractères, note que personne ne lit avant de signer, alors que, pourtant, elle restreint fortement les cas d'applications décrits dans le document. Et ce n'est qu'une fois qu'on a besoin de faire appliquer les termes du contrat, qu'on nous met le nez sur ce petit détail en apparence insignifiant auquel on aurait pourtant dû porter beaucoup plus d'intérêt.
Les non-dits, les imprécisions, les termes interprétables d'un document peuvent aussi être de ces fameux détails qui auront plus tard un effet « diabolique ».

On peut noter que la version opposée existe, formulée par d'autres (l'architecte Ludwig Mies van der Rohe , au moins) : « Gott steckt im Detail » ou « Dieu est dans les détails ». Cette fois l'expression signifie qu'une œuvre n'est accomplie et belle que grâce à la qualité de ses détails.

Mais pour cette expression-là, il n'a jamais prétendu qu'ainsi parlait Zarathoustra.


Exemple
« Cependant, en l'état actuel de sa rédaction, il laisse dans l'ombre un grand nombre de choix politiques cruciaux quant aux modalités de mise en œuvre. Le diable est dans les détails. Le seuil et le taux d'intérêt retenus (taux zéro ou taux du marché), le degré d'implication de l'État et des banques (si elles sont acteurs du dispositif) peuvent conduire à des résultats très différents en terme d'équité. »
Le Monde - Article du 20 novembre 2009




« Quand le vin est tiré, il faut le boire »





Signification
Il faut aller au bout d'une affaire dans laquelle on s'est engagé.


Origine
Pour ceux qui ne le sauraient pas, dans « tirer le vin » le verbe tirer signifie « faire sortir d'un contenant ». On tire donc le vin d'un tonneau ou d'un cubitainer, par exemple.
Et, lorsque cette boisson alcoolisée se retrouve dans le verre, qu'en fait-on ? Eh bien en général, on ne le verse pas dans le terreau du bonsaï ou dans le décolleté de sa voisine, mais on le boit, tout simplement, action logique qui est venue à l'esprit du propriétaire du verre avant même qu'il le remplisse.
Autrement dit, que peut-on faire d'autre que boire le vin une fois qu'il est tiré ?

Notre métaphore proverbiale fait ainsi le parallèle avec l'affaire qui est engagée (le vin est tiré, il est dans le verre) et qu'on ne doit surtout pas abandonner (il faut boire le vin).
Il sous-entend également que même si on a fait une bêtise en s'engageant dans quelque chose à la légère, on doit assumer son choix jusqu'au terme de l'action.

Si on ne semble pas connaître la date d'apparition de ce proverbe, une chose est sûre, c'est qu'il est ancien, puisqu'on le trouve déjà en 1576 dans « Les mimes, enseignements et proverbes » du poète français Jean-Antoine de Baïf.


Exemple
« Mais enfin, le mal est fait, et ça ne servirait de rien d'en parler davantage. Quand le vin est tiré il faut le boire, et puisque vous avez commis une faute, il s'agit de la réparer. »
Paul Stevens - Contes populaires - 1857




vendredi 9 novembre 2012


« L'oeil de Moscou »






Signification
Une personne, un organisme ou un matériel qui espionne des individus au bénéfice d'autres.



Origine
Petit rappel géographique pour les mal-situants : Moscou est la capitale de la Russie, actuellement, et de l'Union Soviétique (ou URSS, Union des Républiques Socialistes Soviétiques[1]), autrefois.

À l'époque de l'URSS, la population vivait sous un régime « relativement peu » démocratique, en théorie sans classe dominante, mais où tout individu sortant des clous fixés par le gouvernement avait le choix entre un camp du Goulag ou un camp du Goulag, dans le meilleur des cas. 

Or que trouvait-on aussi bien à l'intérieur de l'URSS, pour surveiller de près le comportement des citoyens, que hors du pays, pour savoir ce qui s'y tramait (dans les sphères de prises de décision) ou ce qu'il s'y fabriquait (dans les usines) ? Des espions, personnes chargées de ramener à leurs dirigeants un maximum d'informations exploitables.

Ces individus, plus ou moins directement payés par l'État donc par Moscou, devaient ouvrir l’œil et le bon afin de remplir leur mission à bien. Ils pouvaient donc être vus comme un « œil » déporté de leurs dirigeants. 

Alors que, maintenant, après l'éclatement de l'URSS, la Russie est un peu plus (mais pas trop quand même) démocratique, les espions existent toujours (même s'il y en a moins à l'intérieur du pays) et la notion « d’œil de Moscou » est restée pour désigner toute personne (ou organisme) chargée par ses responsables d'en surveiller ou en espionner d'autres. Une caméra de surveillance sur la voie publique pourra aussi être ainsi qualifiée par ceux qui s'y opposent.

Là où les Beatles prenaient le bac.



Exemple
« (...) Togliatti participe aussi aux grands procès d'épuration de 1936-1937, dont celui de Trotsky, il est dépêché sous le nom de bataille d'Alfredo en Espagne, en août 1937, afin de guider la politique des communistes espagnols et d'y jouer l'œil de Moscou (...) »
Catherine Guimbard - Où va l'Italie ? - 1994 


« Même si le rattachement hiérarchique du contrôleur de gestion constitue probablement un signal envoyé aux opérationnels - trop proche de la direction générale, la fonction contrôle peut parfois être considérée comme "l'œil de Moscou" - (...) »
Arnaud Helluy, Xavier Durand - Les fondamentaux du contrôle de gestion - 2011