samedi 22 septembre 2012



« Charger la barque / la mule »







Signification
Exagérer, trop en rajouter, au-delà du raisonnable.
Accabler quelqu'un ou saturer quelque chose 
Avoir trop d'ambition (dans les affaires ou en politique) 

Origine
Si vous prenez une barque de taille ordinaire et que vous casez dedans une dizaine de mules, il est incontestable que la barque va couler.
Si vous prenez une mule et que, de chaque côté de son bât, vous lui fixez une barque remplie de cailloux, elle va vous regarder d'un œil torve et réprobateur avant de s'écrouler par terre. 

Dans les deux cas, donc, si vous chargez de manière démesurée l'un ou l'autre, vous courez au devant d'ennuis, votre moyen de transport n'étant plus capable de remplir son rôle.
Voilà pour le sens propre assez limpide de ces deux expressions aisément compréhensibles, même si vous n'êtes pas un marin ou un conducteur de mule. 

Leur signification métaphorique en découle plutôt logiquement.
En effet, quel employé de bureau fainéant (si, si, il en existe !) à qui on aura confié un boulot de deux heures à rendre dans cinq jours n'aura pas dit à son supérieur qu'il chargeait un peu trop la mule ? Quel politique, à la veille d'élections, n'aura pas beaucoup chargé la barque de promesses qu'il était pourtant certain de ne jamais tenir ? Quel coupable n'aura pas été accusé à tort de nombreux méfaits autres que ceux réellement commis ? Ou, encore, nombreux sont les nouveaux entrepreneurs trop sûrs de leur projet qui, au moment de rechercher des fonds, auront un peu trop chargé la barque en prétendant faire exploser tous les compteurs de progression de leur chiffre d'affaires dans les six mois à venir ? 
Et, étrangement, bien que les barques ou les mules existent depuis de très nombreux lustres, et qu'en argot, le verbe charger signifie « exagérer » depuis la fin du XIXe siècle, ce n'est qu'à partir des années 1980 que les deux expressions sont apparues avec leur forme figurée.
À l'inverse, ne pas charger la barque (ou la mule), c'est procéder avec pondération, en se concentrant sur ce qui est indispensable.
Dans le monde du cyclisme, « charger la mule » (ou « se charger ») veut aussi dire « se doper », un coureur chargé étant un coureur ayant absorbé d'une manière ou d'une autre quelques substances illicites destinées à lui procurer un peu de tonus et de résistance dans ses gambettes.
Mais, bien entendu, cela ne se produit qu'à l'insu du plein gré du coureur... 

Vous n'avez jamais vu de barque ? Qu'à cela ne tienne ! Prenez une noix et, sans les briser, séparez en les deux moitiés de la coquille à l'aide d'un couteau. Enlevez le cerneau de la noix, remplissez votre lavabo, et posez sur l'eau la demi coquille, le côté arrondi vers le bas. Vous avez là l'équivalent d'une mini-barque à propos de laquelle on peut spontanément dire « fluctuat nec mergitur » . Maintenant prenez dix mini-mules et placez-les dans votre esquif. Vous constatez avec un grand désarroi que la coquille de noix coule avec les mules. CQFD. Votre expérience ne devrait donc pas faire d'émules, puisque vous les avez noyées.


Exemple
« Si on charge la mule des collectivités au-delà du raisonnable, elles se retrouveront rapidement dans l'impossibilité de faire face à leurs tâches nouvelles, sauf à augmenter terriblement les impôts. »
Jean-Paul Huchon (avril 2004)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire